Volontariat et humanitaire, vers un mariage de raison ?

Volontariat et humanitaire, vers un mariage de raison ?

Entre 2014 et 2015, le Service Volontaire International, association active dans l’envoi et l’accueil de volontaires internationaux, a observé une augmentation de plus de 20% de son nombre d’adhérents. De plus en plus de jeunes décident de s’investir sur des chantiers de volontariat à l’étranger.  L’envie de donner un sens à son voyage semble être devenue une priorité, mais cet engouement soulève en même temps beaucoup de questions.

Quelle place occupent ces volontaires dans le secteur de la solidarité internationale ?  Comment s’inscrit leur démarche dans un secteur aux frontières encore mal définies? Le SVI a posé ces questions à un professionnel du secteur de l’humanitaire, à un anthropologue ainsi qu’à une volontaire partie récemment sur plusieurs chantiers internationaux. Leurs réponses amènent évidemment d’autres questions. Parle-t-on d’ « humanitaire » quand un drame social se joue à nos portes ? Le clivage Nord-Sud est-il vraiment en train de disparaître ?  Avec cette campagne, le SVI tente d’apporter son éclairage à ce vaste débat, nécessaire, à une époque où le secteur de la solidarité internationale est en pleine mutation.


Henri Vandorselaer - Chirurgien à l’hôpital des nomades de Gossi, au Mali.

Qu’est-ce qui, selon vous, différencie le secteur de la coopération de celui du volontariat international ?
Comme travailleur du secteur de l’humanitaire, on arrive sur le terrain en tant que professionnel, avec nos compétences et les ressources nécessaires à la réalisation de nos missions.  Par exemple, lors du travail que l’on a accompli au Mali, de gros besoins en médicament et logistique se sont immédiatement faits ressentir. Avec les consultations mises en place, nous avons pu aller à la rencontre de personnes avec lesquelles on n’aurait jamais échangées dans un autre contexte. Des échanges inoubliables avec un peuple et une culture absolument fascinante.
Le volontaire international a, selon moi, une position différente.  Sa démarche n’est pas de venir avec du matériel et ses compétences. Il a un rôle distinct, indépendant de sa formation. Il est certain que l'un, comme l'autre, apportent quelque chose, mais les moyens et les actions sont extrêmement différents.

Pensez-vous que l'un des deux secteurs est amené à disparaître ?
Je ne pense pas qu’il soit judicieux de placer les deux démarches en opposition, elles sont complémentaires. L’une comme l’autre trouveront toujours leur place dans le monde de la solidarité internationale.


Pierre-Joseph Laurent - Anthropologue à l’Université Catholique de Louvain


Comment définiriez-vous le secteur de l’humanitaire et celui du volontariat international?
En 1980, avec MSF essentiellement, va émerger une manière de travailler qui repose sur cette idée de l’urgence. Aujourd’hui, il y a un dialogue plus important entre les deux mondes. MSF fait à la fois de l’urgence et, quelque part, du développement.
Dans le secteur de l’humanitaire, tout comme celui du volontariat international, la démarche est de comprendre qu’une grande partie de l’humanité vit « autrement ». Partir est essentiel, aujourd’hui, c’est une richesse qui fera que vous travaillerez différemment. Pour découvrir le monde, il faut enlever le mot « aider » de son vocabulaire, extrêmement blessant pour les gens avec qui on va vivre cette expérience. Il faut être ouvert à la rencontre. Ces expériences forgent des gens critiques, qui seront porteurs de sujets importants.

Qu’est-ce qui, selon vous, différencient les deux secteurs ?
Il y a des experts qui ont 20 ans de métier, on les paye pour leurs compétences. L’expertise vient avec des années de travail. Les jeunes qui partent en tant que volontaires internationaux doivent y aller avec beaucoup de disponibilités, aller essentiellement à la rencontre de l’autre. Il faut stopper le fantasme de venir « aider » l’autre. Le volontaire vient s’enrichir d’une expérience que l’Occident n’est pas capable de proposer à sa jeunesse.

Pensez-vous que l'un des deux est amené à disparaître ?
C’est vrai qu’il y a de moins en moins de projets de développement, et des pays comme le Mozambique ou l’Angola se sont progressivement émancipés de la coopération, mais l’urgence restera. De même pour le volontariat qui doit, cependant, rester l’apanage du secteur associatif (en opposition au secteur commercial, ndlr.)

Sophie Gougeon - Volontaire sur des projets au Pays de Galles et en Islande

Comment définirais-tu le volontariat international ? 
Etre volontaire suppose tout d’abord une certaine vision du monde et une ouverture d’esprit, une volonté de rencontre, de partage et de découverte. Etre volontaire, c’est aussi souhaiter donner un sens à ses voyages. Il ne s’agit pas de « sauver le monde », mais d’apporter sa contribution à une communauté locale et de faire en sorte que, par son action, les échanges et la compréhension mutuelle soient favorisés.

Quelle est, selon vous, la différence majeure entre un travailleur du secteur de l'humanitaire et un volontaire ?​
Pour être honnête, je ne me retrouve pas dans le terme « humanitaire » qui suppose de « venir en aide » à des personnes dans le besoin, créant une certaine forme d’inégalité entre ceux qui offrent l’aide et ceux qui la reçoivent. Le volontariat suppose, au contraire, de travailler ensemble, sous l’impulsion de la communauté locale qui définit elle-même ses besoins, et élabore un projet sur le long terme.
L’égalité est réelle. Le volontariat ne renvoie pas à l’idée de misère ou de pauvreté, notion très (trop) présente, selon moi.

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